Inébilizumab : anticorps anti-CD19 dans la NMOSD

L'inébilizumab (nom commercial Uplizna) est un anticorps monoclonal humanisé, afucosylé, de type IgG1, qui se lie à l'antigène de surface CD19 des lymphocytes B. Il a été approuvé en 2020 aux États-Unis et en 2022 dans l'UE pour le traitement de la maladie du spectre de la neuromyélite optique (NMOSD) chez l'adulte avec statut anticorps anti aquaporine 4 IgG positif. La NMOSD est une maladie auto-immune rare et grave du système nerveux central pouvant entraîner des pertes visuelles récidivantes et des myélites transverses.

Comparé aux anti-TNF ou aux anticorps anti-CD20 déplétant les lymphocytes B comme le rituximab, l'inébilizumab cible un spectre plus large de lymphocytes B incluant les plasmablastes et certaines plasmocytes, car CD19 est exprimé sur une plus grande partie de la lignée B que CD20. Il en résulte cliniquement une suppression plus durable de la production d'anticorps pathogènes.

Mécanisme d'action

CD19 est un co-récepteur du récepteur antigénique du lymphocyte B et est exprimé du stade pro-B aux plasmocytes à courte durée de vie. L'inébilizumab se lie à CD19 et déclenche l'élimination des lymphocytes B principalement via la cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps (ADCC). L'afucosylation de la portion Fc augmente la liaison à FcγRIIIa sur les cellules NK et renforce ainsi la fonction effectrice.

Le traitement entraîne une déplétion rapide et quasi totale des lymphocytes B dans le sang périphérique. La réduction des plasmablastes pathogènes diminue la production d'auto-anticorps anti aquaporine 4 IgG, qui attaquent les astrocytes du SNC dans la NMOSD.

Comme CD19 est aussi exprimé par les plasmablastes, l'inébilizumab couvre une population immunologiquement plus pertinente que les anti-CD20. La repopulation B est retardée, ce qui permet une administration semestrielle.

Indications

  • Maladie du spectre de la neuromyélite optique (NMOSD) : chez l'adulte avec statut anticorps anti aquaporine 4 IgG positif, pour réduire les poussées
  • Maladie associée aux IgG4 (IgG4-RD) : autorisée aux USA depuis 2024, en cours d'évaluation dans l'UE
  • Indications en recherche : études en cours dans la myasthénie généralisée et le lupus érythémateux systémique

L'inébilizumab n'est pas autorisé dans la NMOSD anti-AQP4 négative ni dans la sclérose en plaques. Le diagnostic précis avec confirmation sérologique des anticorps anti AQP4 est un préalable.

Posologie et utilisation

Dose initiale : 300 mg en intraveineuse à J1 et J14 (deux perfusions initiales).

Dose d'entretien : 300 mg en intraveineuse tous les 6 mois.

La perfusion est administrée sur au moins 90 minutes. Avant chaque dose, prémédication par méthylprednisolone, antihistaminique H1 et antipyrétique pour prévenir les réactions liées à la perfusion.

Préalables au traitement :

  • Dépistage de l'hépatite B et prophylaxie antivirale en cas de risque de réactivation
  • Profil quantitatif des immunoglobulines et hémogramme avec formule
  • Statut vaccinal à jour, vaccins vivants achevés avant le début
  • Test de grossesse, conseils sur la contraception
  • Dépistage de la tuberculose

Effets indésirables

Très fréquents : infections urinaires, infections respiratoires, arthralgies, douleurs lombaires.

Fréquents : réactions liées à la perfusion (céphalées, nausées, vertiges, éruption), lymphopénie, neutropénie, élévation des transaminases, hypogammaglobulinémie.

Peu fréquents : réactivations herpétiques (zona, simplex), infections sévères, réactions anaphylactiques, symptômes dépressifs, troubles du sommeil.

Rares et très rares : leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP, possible en théorie, non rapportée à ce jour dans les études NMOSD), réactivation de l'hépatite B, hypogammaglobulinémie sévère avec infections fréquentes.

Aspects de sécurité importants :

  • Les réactions à la perfusion surviennent surtout à la première dose et sont bien maîtrisées par la prémédication
  • La lymphopénie et la baisse des immunoglobulines sont fréquentes ; l'hypogammaglobulinémie cliniquement significative est plus rare
  • Réévaluer le traitement en cas d'infections sévères répétées
  • Penser à la LEMP devant des symptômes cérébraux : troubles visuels, changements de personnalité ou déficits neurologiques

Interactions

  • Autres immunosuppresseurs et biologiques : immunosuppression additive, indication soigneuse ; les associations sont peu établies hors essais cliniques
  • Vaccins vivants : contre-indiqués pendant le traitement et plusieurs mois après
  • Vaccins inactivés : possibles, mais efficacité réduite ; idéalement avant le traitement
  • Pré-traitement anti-CD20 (rituximab, ocrelizumab) : suppression B additive possible, à juger individuellement

Précautions particulières

Grossesse : données limitées. Si cliniquement nécessaire, évaluation individuelle bénéfice/risque. Les femmes en âge de procréer doivent utiliser une contraception fiable pendant et au moins 6 mois après la dernière perfusion. Les IgG traversent le placenta surtout au troisième trimestre, ce qui peut entraîner une déplétion B chez le nouveau-né.

Allaitement : données manquantes. Compte tenu du poids moléculaire, un passage notable dans le lait est peu probable, dégradation digestive probable. Décision individuelle.

Vaccinations : idéalement achever au moins 4 semaines avant le traitement (vaccins vivants) ou 2 semaines (vaccins inactivés). Pendant le traitement, seuls les vaccins inactivés sont possibles.

Insuffisance rénale : aucune adaptation spécifique nécessaire.

Carte patient : l'inébilizumab fait partie d'un plan de gestion des risques. Les patientes doivent recevoir une carte de traitement à présenter en urgence.

Qualité de vie et observance : la perfusion semestrielle est souvent un soulagement pour les patientes atteintes de maladie chronique. Elle améliore la qualité de vie en évitant la prise quotidienne.

Substances apparentées

Questions fréquentes

En quoi l'inébilizumab diffère-t-il du rituximab ?

Tous deux déplètent les lymphocytes B mais via des antigènes différents. Le rituximab cible CD20 et n'atteint pas tous les plasmablastes, CD20 n'étant plus exprimé aux stades B tardifs. L'inébilizumab cible CD19, couvrant une population plus large incluant les plasmablastes. Cliniquement, l'inébilizumab réduit significativement les poussées dans la NMOSD.

À quelle vitesse le traitement agit-il ?

La déplétion B est mesurable en quelques jours. La protection clinique contre les poussées s'observe sur des semaines à des mois. Dans l'étude pivot (N MOmentum), l'inébilizumab a réduit significativement les poussées sur les 6 premiers mois face au placebo.

Quelles vaccinations sont possibles ?

Les vaccins inactivés (grippe, tétanos, pneumocoques, COVID 19) sont possibles, mais la réponse peut être atténuée. Les vaccins vivants (rougeole, oreillons, rubéole, varicelle, fièvre jaune) sont contre-indiqués pendant le traitement ; à compléter idéalement avant le début.

Combien de temps faut-il être traité ?

La NMOSD est chronique, le traitement est généralement poursuivi à long terme pour éviter les poussées. La décision d'arrêter ou de mettre en pause est individuelle, prise avec le neurologue, souvent après plusieurs années de stabilité.

Sources

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