Acide ibandronique

Bisphosphonate mensuel dans l'ostéoporose et les métastases osseuses

L'acide ibandronique est un bisphosphonate aminé qui se distingue surtout par la possibilité d'une prise orale mensuelle et d'une administration intraveineuse trimestrielle. Roche et GlaxoSmithKline ont introduit la substance en 2003 sous les marques Bondronat et Bonviva ; de nombreux génériques sont désormais disponibles. Les indications couvrent l'ostéoporose post ménopausique ainsi que la prévention des événements osseux chez les patientes atteintes d'un cancer du sein avec métastases osseuses.

Par rapport aux bisphosphonates à prise quotidienne ou hebdomadaire comme l'acide alendronique et l'acide risédronique, l'acide ibandronique offre, grâce à l'administration orale mensuelle et intraveineuse trimestrielle, une adhésion au traitement nettement meilleure. La formulation orale mensuelle (Bonviva 150 mg une fois par mois) est particulièrement utilisée chez les patientes qui vivent comme contraignantes les règles de prise quotidiennes. L'administration intraveineuse trimestrielle (3 mg tous les 3 mois) constitue l'alternative en cas de troubles gastro intestinaux ou d'observance orale insuffisante.

Mécanisme d'action

Comme tous les bisphosphonates aminés, l'acide ibandronique s'accumule dans la matrice osseuse, est capté par les ostéoclastes lors de la résorption et inhibe à l'intérieur de la cellule la farnésyl pyrophosphate synthase dans la voie du mévalonate. Il en résulte une altération de la prénylation de petites GTPases, l'effondrement du cytosquelette des ostéoclastes et l'entrée de ces cellules en apoptose. La résorption osseuse diminue, la masse et la minéralisation osseuses augmentent et le risque fracturaire est réduit.

L'efficacité clinique a été documentée dans l'étude BONE : sous 2,5 mg par voie orale quotidienne pendant 3 ans, le risque de fractures vertébrales dans l'ostéoporose post ménopausique était réduit de 62 pour cent par rapport au placebo. L'étude MOBILE a confirmé l'équivalence de la dose mensuelle de 150 mg. L'étude DIVA a démontré la non infériorité de l'administration intraveineuse trimestrielle de 3 mg. L'effet sur les fractures non vertébrales et les fractures de hanche est moins net en comparaison avec l'acide alendronique et l'acide zolédronique.

La biodisponibilité orale de l'acide ibandronique est inférieure à 1 pour cent, la prise alimentaire la réduit pratiquement à zéro. C'est pourquoi une prise strictement à jeun est obligatoire. Après résorption, environ la moitié se lie aux os, le reste est éliminé par voie rénale sous forme inchangée. La durée de séjour dans l'os est de plusieurs années.

Indications

  • Ostéoporose post ménopausique en cas de risque fracturaire élevé, par voie orale ou intraveineuse
  • Prévention des événements osseux chez les patientes atteintes d'un cancer du sein avec métastases osseuses
  • Hypercalcémie d'origine tumorale en traitement intraveineux aigu (4 mg en une seule administration)

L'utilisation chez l'homme en cas d'ostéoporose est usuelle hors AMM dans certains pays européens ; en Allemagne, l'autorisation se limite aux femmes post ménopausées et aux indications oncologiques mentionnées. Pour l'homme, l'acide alendronique, l'acide risédronique, l'acide zolédronique et le dénosumab sont disponibles.

Posologie et administration

Bonviva 150 mg par voie orale une fois par mois : le même jour du calendrier chaque mois, à jeun, au moins 1 heure avant le premier repas ou toute autre boisson (hormis l'eau du robinet). Le comprimé est pris avec un grand verre d'eau du robinet (pas d'eau minérale) ; la patiente doit rester en position verticale (assise ou debout) pendant au moins 1 heure afin d'éviter une œsophagite.

Bondronat 2,5 mg par voie orale quotidienne : mêmes règles de prise que la forme mensuelle. Cette posologie est aujourd'hui moins utilisée. Bondronat 3 mg par voie intraveineuse tous les 3 mois : perfusion brève de 15 à 30 secondes, administration en bolus possible selon l'AMM. Bondronat 6 mg par voie intraveineuse toutes les 3 à 4 semaines dans l'indication oncologique : en association avec une chimiothérapie antitumorale ou une hormonothérapie.

Insuffisance rénale : en cas de clairance de la créatinine inférieure à 30 ml/min, l'acide ibandronique est contre indiqué dans l'indication ostéoporose. Insuffisance hépatique : pas d'adaptation posologique nécessaire car la métabolisation hépatique est minime. Calcium et vitamine D : une supplémentation de 1000 mg de calcium et de 800 à 1000 UI de vitamine D par jour est la norme. Avant le début du traitement, corriger toute carence en vitamine D afin d'éviter une hypocalcémie.

Effets indésirables

Fréquents : douleurs musculo squelettiques (arthralgie, myalgie), céphalées, dyspepsie, nausées, douleurs abdominales, diarrhée, constipation, réaction de phase aiguë pseudo grippale surtout après administration intraveineuse, avec fièvre et douleurs musculaires.

Peu fréquents : hypocalcémie, anémie, œsophagite, dysphagie, reflux, pollakiurie, éruption cutanée, exacerbation d'asthme chez les asthmatiques.

Rares et cliniquement pertinents : ostéonécrose de la mâchoire (Medication Related Osteonecrosis of the Jaw, MRONJ), fractures fémorales atypiques, hypocalcémie sévère avec symptômes neurologiques, vertiges lors de la première perfusion, uvéite, sclérite.

Ostéonécrose de la mâchoire : le risque est nettement plus élevé en cas d'administration oncologique à haute dose (6 mg toutes les 4 semaines) qu'en posologie pour l'ostéoporose. Les facteurs de risque sont les interventions dentaires invasives, une hygiène buccale insuffisante, le tabagisme, les glucocorticoïdes, les immunosuppresseurs. Avant le début du traitement, une mise en état dentaire est fortement recommandée.

Interactions

  • Sels de calcium, de magnésium et d'aluminium, cations polyvalents : réduisent l'absorption de la forme orale, respecter un intervalle d'au moins 1 heure
  • Lait et produits laitiers : réduisent également l'absorption
  • Aminosides, cisplatine, diurétiques de l'anse : néphrotoxicité additive, en particulier par voie intraveineuse
  • AINS : prudence en raison d'une charge rénale additive, surtout aux doses oncologiques élevées
  • Autres substances antirésorptives (dénosumab, autres bisphosphonates) : association non pertinente

Précautions particulières

Respecter strictement les consignes de prise : par voie orale, l'acide ibandronique n'est efficace que s'il est pris à jeun, avec de l'eau du robinet pure et en position verticale. En cas de non respect de la position verticale, une œsophagite sévère avec ulcérations peut survenir. En cas de sonde gastrique ou de troubles de la déglutition, la forme orale est contre indiquée ; utiliser l'alternative intraveineuse.

Mise en état dentaire : avant le début du traitement, réaliser une mise en état dentaire avec extraction des dents délabrées, traitements endodontiques et adaptation des prothèses. Pendant le traitement, éviter autant que possible les interventions invasives (extraction dentaire, implants) ou les réaliser sous hygiène stricte et, si nécessaire, sous prophylaxie antibiotique.

Durée du traitement et drug holiday : dans l'ostéoporose post ménopausique, une réévaluation est recommandée après 3 à 5 ans de traitement afin de reconsidérer le rapport bénéfice risque. En cas de densité osseuse stable et de faible risque fracturaire, une pause thérapeutique (drug holiday) de 1 à 2 ans peut être envisagée.

Grossesse et allaitement : l'acide ibandronique est contre indiqué. La substance reste pendant des années dans l'os et peut être libérée lors d'une grossesse ultérieure. Les femmes en âge de procréer sont en règle générale exclues du traitement ou nécessitent une contraception fiable ; l'AMM concerne les patientes post ménopausées.

Surveillance : créatinine avant chaque administration intraveineuse, calcémie chez les patientes à risque, dosage de la vitamine D, ostéodensitométrie annuelle (DXA), contrôles dentaires, évaluation clinique des douleurs de la cuisse et de la jambe en raison du risque de fractures fémorales atypiques.

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Questions fréquentes

Pourquoi dois je rester debout 1 heure après la prise ?

Les bisphosphonates adhèrent au contact de la muqueuse œsophagienne et peuvent provoquer des inflammations sévères, des ulcères et des sténoses. La position verticale et un grand verre d'eau garantissent que le comprimé atteint rapidement l'estomac et que l'œsophage n'est pas lésé. Le premier repas peut être pris 1 heure plus tard.

Puis je prendre l'acide ibandronique avec du lait ?

Non. Le lait, l'eau minérale, les produits calciques et magnésiques ainsi que le café ou le thé réduisent pratiquement à zéro la biodisponibilité de l'acide ibandronique. Seule l'eau du robinet convient. Après le délai d'attente d'1 heure, les produits laitiers et les autres boissons peuvent être consommés.

Que faire en cas d'oubli du comprimé mensuel ?

Si l'oubli date de moins d'1 semaine, prendre le comprimé à jeun le lendemain matin, puis reprendre le rythme mensuel habituel. Si le retard dépasse 1 semaine, sauter le comprimé oublié et prendre le suivant à la date prévue. Ne jamais doubler la dose.

Quand faut il faire une pause thérapeutique ?

Une réévaluation est recommandée après 3 à 5 ans de traitement. En cas de risque fracturaire faible, de densité osseuse stable et d'absence de fracture antérieure, une drug holiday de 1 à 2 ans peut être judicieuse afin de réduire le risque de fractures fémorales atypiques et d'ostéonécrose de la mâchoire. La décision revient au médecin traitant au cas par cas, avec une prudence particulière chez les patientes à haut risque.

Sources

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