Tétryzoline : sympathomimétique imidazoline en collyre et gouttes nasales
La tétryzoline (synonyme tétrahydrozoline) est un sympathomimétique alpha topique du groupe des imidazolines. En Allemagne, on la trouve surtout dans des collyres tels que Berberil N et Visine, ainsi que dans certaines gouttes nasales décongestionnantes. Sa principale utilisation est le traitement symptomatique des rougeurs oculaires d'irritation non spécifique. Aux USA, la tétryzoline est plus souvent un composant des collyres OTC type Visine et Murine.
Par vasoconstriction sélective des vaisseaux conjonctivaux, les yeux rouges redeviennent rapidement blancs. Cet effet symptomatique fait de la tétryzoline une option populaire à visée cosmétique, mais elle comporte des risques : un usage prolongé peut entraîner une hyperémie réactive (rebond).
Mécanisme d'action
La tétryzoline est un agoniste direct des récepteurs alpha 1 et alpha 2 adrénergiques. Au niveau du muscle lisse vasculaire de la microcirculation conjonctivale et nasale, leur activation entraîne une vasoconstriction. Résultat : yeux moins rouges et nez plus libre.
L'utilisation est strictement topique ; l'absorption systémique est faible mais peut devenir cliniquement pertinente en cas d'application fréquente, sur une grande surface ou en cas d'ingestion accidentelle. Par voie orale, des effets centraux sont possibles, surtout chez les enfants accédant aux flacons de collyre.
Indications
- Rougeurs oculaires d'irritation non spécifique : poussière, vent, fatigue, usage cosmétique
- Conjonctivite allergique saisonnière : soulagement symptomatique de la rougeur, en complément des antihistaminiques en collyre
- Rhinite aiguë : décongestionnant nasal en rhume et sinusite
- Examens ophtalmologiques : rarement comme vasoconstricteur pour mieux apprécier le segment antérieur
Posologie et utilisation
Collyre 0,05 % : 1 goutte 2 à 3 fois par jour dans le cul-de-sac conjonctival, pas plus de 5 à 7 jours d'affilée.
Gouttes nasales 0,05 % (ou concentrations adaptées à l'âge) : 1 à 2 gouttes ou pulvérisations 1 à 3 fois par jour dans chaque narine, pas plus de 5 à 7 jours.
Utilisation surtout pour soulagement symptomatique aigu. En usage prolongé : risque de privinisme avec rebond après disparition de l'effet.
Possible chez les porteurs de lentilles ; certains conservateurs s'y accumulent. Retirer les lentilles, les remettre au plus tôt 15 minutes après l'application.
Effets indésirables
Fréquents : brûlure ou picotement immédiats après instillation, mydriase (surtout chez l'enfant), hyperémie réactive après usage prolongé.
Peu fréquents : tachycardie, hypertension (en absorption systémique), sécheresse buccale, nausées, céphalées.
Rares : en cas d'ingestion accidentelle (surtout chez l'enfant), dépression du SNC, bradycardie, hypothermie, dépression respiratoire jusqu'au coma. Ces réactions sont typiques des intoxications aux imidazolines et constituent des urgences pédiatriques.
Points importants :
- En cas d'ingestion accidentelle par un enfant, consulter en urgence
- Usage prolongé (plus de 7 jours) : effet rebond avec rougeur accentuée
- Devant des yeux chroniquement rouges, rechercher la cause plutôt que masquer le symptôme par vasoconstriction
Interactions
- IMAO et tricycliques : risque théorique de réactions hypertensives ; rarement pertinent en topique
- Autres sympathomimétiques : effets additifs
- Antihypertenseurs : antagonisme partiel
- Autres collyres : espacement d'au moins 5 minutes
Précautions particulières
Grossesse et allaitement : usage topique court à faible dose acceptable ; éviter les usages prolongés ou fréquents.
Enfants : concentrations spécifiques pour nourrissons et jeunes enfants ; chez les très jeunes, usage uniquement sous supervision médicale. Conservation hors de portée : de petites quantités orales suffisent à provoquer des réactions vitales.
Glaucome à angle fermé : les collyres à la tétryzoline peuvent déclencher une crise, donc contre-indiqués.
Hypertension, cardiopathie, hyperthyroïdie : prudence en usage prolongé ou fréquent.
Durée de traitement : stricte limitation à quelques jours, décisive pour éviter le rebond.
Évaluation diagnostique : en rougeurs ou tuméfaction muqueuse chroniques, rechercher la cause (allergie, maladie infectieuse ou inflammatoire, sécheresse, irritation mécanique).
Substances apparentées
- Xylométazoline, décongestionnant nasal
- Xylometazoline, graphie anglaise
- Oxymétazoline, autre imidazoline
- Chlorhydrate d'azélastine, collyre antihistaminique
- Tafluprost, médicament antiglaucomateux comme alternative ophtalmologique
Questions fréquentes
Vitesse d'action de la tétryzoline ?
La vasoconstriction s'installe en quelques minutes ; l'œil ou le nez paraissent visiblement moins rouges ou plus libres. Effet de 4 à 8 heures.
Pourquoi pas plus d'une semaine ?
En usage prolongé, la microcirculation s'habitue à la vasoconstriction. À l'arrêt, on observe un rebond avec rougeur accentuée ou tuméfaction muqueuse. Phénomène appelé privinisme. Une durée de traitement de 5 à 7 jours maximum réduit ce risque.
Que faire en cas d'ingestion par un enfant ?
Contacter immédiatement le centre antipoison ou les urgences. Dès 1 à 2 ml peuvent provoquer des symptômes neurologiques sévères chez un jeune enfant. Une prise en charge rapide est décisive. Toujours conserver les collyres hors de portée des enfants.
La tétryzoline aide-t-elle dans les allergies ?
Elle réduit la rougeur mais ne traite pas la réaction allergique sous-jacente. Dans la conjonctivite allergique, antihistaminiques et stabilisateurs de mastocytes (azélastine, olopatadine, cromoglicate) sont en première ligne. La tétryzoline peut être utilisée brièvement en complément.
Sources
- BfArM Institut fédéral des médicaments et dispositifs médicaux
- EMA Agence européenne des médicaments
- BVL Office fédéral de la protection des consommateurs
- Gelbe Liste monographie tétryzoline
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