Ivosidenib : inhibiteur d'IDH1 dans la LAM et le cholangiocarcinome

L'ivosidenib (nom commercial Tibsovo) est un inhibiteur oral sélectif de l'isocitrate déshydrogénase 1 mutée (IDH1). Les mutations d'IDH1 sont retrouvées dans environ 6 à 10 % des leucémies aiguës myéloïdes (LAM) et dans environ 13 % des cholangiocarcinomes intrahépatiques. La substance a été approuvée aux États Unis en 2018 pour la LAM IDH1 mutée en récidive ou réfractaire, en 2021 pour la LAM IDH1 mutée non traitée et en 2022 pour le cholangiocarcinome IDH1 muté prétraité. L'autorisation EMA est intervenue en 2023 pour les mêmes indications.

L'ivosidenib appartient aux thérapies de médecine de précision, utilisées uniquement en présence d'une mutation conductrice prouvée. Une diagnostic moléculaire validé de la mutation IDH1, généralement par séquençage de nouvelle génération ou PCR, est un préalable.

Mécanisme d'action

IDH1 est une enzyme cytoplasmique qui oxyde normalement l'isocitrate en alpha cétoglutarate. IDH1 muté (souvent la mutation ponctuelle R132H) acquiert une fonction nouvelle : la conversion de l'alpha cétoglutarate en D 2 hydroxyglutarate, métabolite oncogène. Le D 2 hydroxyglutarate inhibe de nombreuses enzymes dépendantes de l'alpha cétoglutarate, dont les déméthylases d'histones et d'ADN. Le résultat est une hyperméthylation globale de l'ADN et des histones et un blocage de la différenciation des cellules immatures.

L'ivosidenib se lie sélectivement à l'IDH1 mutée et bloque la production de D 2 hydroxyglutarate. Les modifications épigénétiques deviennent réversibles : la différenciation des cellules tumorales est restaurée, ce qui réduit la masse tumorale. Dans la LAM la maturation classique des blastes leucémiques en granulocytes fonctionnels permet la rémission sans chimiothérapie cytotoxique classique.

Indications

  • Leucémie aiguë myéloïde avec mutation IDH1 : en monothérapie en récidive ou réfractaire et en association avec l'azacitidine en première ligne chez les patients non éligibles à la chimiothérapie intensive
  • Cholangiocarcinome intrahépatique avec mutation IDH1 : après chimiothérapie à base de gemcitabine
  • Autres tumeurs IDH1 mutées : syndrome myélodysplasique, chondrosarcome, gliome en développement clinique

Posologie et administration

Dose standard : 500 mg par voie orale une fois par jour, en continu jusqu'à progression ou toxicité inacceptable.

Les comprimés se prennent à la même heure chaque jour, de préférence à jeun ou avec un repas léger. Un repas riche en lipides peut augmenter la biodisponibilité et entraîner davantage d'effets indésirables.

Modification de dose : en cas de toxicités spécifiques (syndrome de différenciation, allongement du QT, élévation hépatique) suspendre ou réduire la dose. Réactions sévères répétées : arrêt.

Surveillance : hémogramme avec différentielle, électrolytes, transaminases, ECG avant le début et toutes les 1 à 2 semaines pendant les 3 premiers mois, puis mensuellement. En LAM, ponction médullaire pour suivre l'évolution.

Effets indésirables

Très fréquents : diarrhée, fatigue, nausées, vomissements, anorexie, douleurs buccales, œdèmes périphériques, dyspnée, allongement du QT, anémie, douleurs abdominales.

Fréquents : vertiges, toux, prurit, éruption, arthralgies, myalgies, élévation des transaminases, hyperuricémie.

Peu fréquents : syndrome de différenciation, syndrome de lyse tumorale, hyponatrémie, insuffisance hépatique, insuffisance respiratoire.

Syndrome de différenciation :

  • Effet indésirable spécifique et potentiellement vital des inhibiteurs d'IDH dans la LAM
  • Apparition habituelle dans les 1 à 3 premiers mois
  • Symptômes : dyspnée, œdèmes périphériques, épanchement pleural ou péricardique, fièvre, éruption, hypotension, insuffisance rénale, dysfonction hépatique
  • Traitement : corticoïdes à fortes doses (dexaméthasone 10 mg deux fois par jour), diurétiques, interruption au besoin, soutien
  • Patients et proches doivent être informés des signes précoces, une réaction rapide pouvant être vitale

Allongement du QT : ECG avant le début et régulièrement. QTc supérieur à 500 ms : interrompre et corriger les désordres électrolytiques.

Interactions

  • Inhibiteurs forts du CYP3A4 (itraconazole, kétoconazole, clarithromycine, ritonavir) : élévation des taux, prudence ou réduction de dose
  • Inducteurs forts du CYP3A4 (rifampicine, carbamazépine, phénytoïne, millepertuis) : baisse des taux, association à éviter
  • Substances allongeant le QT : effet additif, surveillance ECG
  • Substrats sensibles du CYP3A4 (par ex. contraceptifs hormonaux) : baisse par induction du CYP3A4 par l'ivosidenib, contraception alternative recommandée

Précautions particulières

Grossesse : contre indiquée, potentiel tératogène. Contraception fiable pendant et au moins 1 mois après ; les contraceptifs hormonaux peuvent perdre en efficacité.

Allaitement : contre indiqué.

Avant l'instauration : mise en évidence moléculaire de la mutation IDH1, ECG, électrolytes, fonction hépatique et rénale, test de grossesse, hémogramme, ponction médullaire en LAM.

Pendant le traitement : surveillance régulière, imagerie du cholangiocarcinome toutes les 6 à 12 semaines, ponction médullaire en LAM pour évaluer la rémission.

Communication avec le patient : l'ivosidenib permet une thérapie ciblée par voie orale. L'information sur le syndrome de différenciation est essentielle, patients et proches devant reconnaître les signes précoces et consulter rapidement.

État de la recherche : les associations avec azacitidine, vénétoclax ou chimiothérapie classique sont en essais et partiellement autorisées. Des résultats sont attendus dans les gliomes IDH1 mutés.

Substances apparentées

  • Sotorasib, inhibiteur de KRAS G12C, autre exemple de médecine de précision
  • Dasatinib, inhibiteur de BCR ABL dans la LMC
  • Régorafénib, inhibiteur multikinasique dans le CCRm et le CHC
  • Fruquintinib, inhibiteur très sélectif des VEGFR

Questions fréquentes

Qui peut recevoir l'ivosidenib ?

Les patients atteints de LAM ou de cholangiocarcinome intrahépatique avec mutation IDH1 prouvée par diagnostic moléculaire. La mutation doit être confirmée par tests validés. Sans mutation le traitement n'est pas efficace.

Qu'est ce que le syndrome de différenciation ?

Effet indésirable spécifique et potentiellement vital des inhibiteurs d'IDH dans la LAM. La différenciation soudaine des blastes leucémiques en granulocytes peut provoquer des réactions inflammatoires massives avec dyspnée, œdèmes et atteinte rénale ou hépatique. Reconnaissance précoce et corticothérapie sont déterminantes.

L'ivosidenib agit il sur toutes les mutations IDH1 ?

Les données d'efficacité existent surtout pour les mutations courantes R132H, R132C et R132G. Pour les mutations IDH1 plus rares l'efficacité est moins établie ; une décision individuelle en réunion de concertation moléculaire est utile.

Comment évaluer la réponse ?

En LAM par ponction médullaire et hémogramme. En cholangiocarcinome par TDM ou IRM toutes les 6 à 12 semaines, marqueurs tumoraux et symptômes cliniques. Une réduction mesurable du D 2 hydroxyglutarate sérique peut servir de marqueur pharmacodynamique.

Sources

Mentions légales et avertissement

Les informations de cette page ont une vocation purement informative et ne constituent ni un conseil médical, ni un diagnostic, ni une recommandation thérapeutique. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou pharmacien qualifié. Les médicaments ne doivent être pris que sur prescription médicale ou après délivrance en pharmacie. Toutes les informations reposent sur les notices publiées et les sources scientifiques reconnues au moment de la rédaction ; la notice en vigueur du fabricant prévaut toujours. Sanoliste décline toute responsabilité quant à l'exhaustivité, l'actualité et l'exactitude des informations. En cas d'urgence médicale composez le numéro européen 112.